Chroniques philippines : découvrir ou redécouvrir le riche patrimoine architectural philippin

L’organisation les 15 et 16 mars prochains par l’Ambassade et l’Alliance française de Manille au Musée national du séminaire « Conservation du Patrimoine, architecture contemporaine et urbanisme » constituera une occasion rêvée de découvrir ou redécouvrir le patrimoine architectural philippin.

A l’évocation de ces mots, l’on pense bien sûr en premier lieu aux somptueuses églises baroques édifiées aux quatre coins de l’archipel durant la période coloniale espagnole, qui firent l’année dernière l’objet d’une magnifique exposition réalisée par le photographe français Ferrante Ferranti, inaugurée par le Président de la République lors de sa visite à Manille. Les églises San Augustin à Intramuros (Manille) et à Paoay (province d’Ilocos Norte), celle Santo Tomas de Villanueva à Miag-ao (province d’Iloilo), l’église et le couvent de Boljo-on (province de Cebu), les églises en pierre de corail de Bohol ne constituent que quelques exemples emblématiques de ce patrimoine exceptionnel, aujourd’hui fragilisé par les assauts conjugués du temps et des éléments naturels (tremblements de terre, typhons).

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San Agustin à Intramuros, Manille – San Agustin à Paoay, Ilocos Norte – Santo Tomas de Villanueva à Miag-ao, Iloilo

Mais cet arbre, aussi magnifique soit-il, ne saurait cacher la forêt d’un patrimoine architectural philippin avant tout caractérisé par sa richesse et sa diversité, en tant que produit original de la combinaison de multiples influences, d’abord locales puis austronésiennes, espagnole et enfin américaine.

Aux remparts érigés à l’ère pré-coloniale par les tribus peuplant les différentes îles de l’archipel philippin et aux Bahay Kubo (littéralement, maisons cubiques, également connues sous le nom de huttes Nipa), maisons traditionnelles montées sur pilotis et agrégées à l’aide de matériaux végétaux, succédèrent les fortifications édifiées par les colonisateurs espagnols (parmi lesquelles le Fort Santiago d’Intramuros et le Fort San Pedro de Cebu), ainsi que les Bahay na bato (maisons de pierre), qui, tout en conservant le principe hérité des Bahay Kubo de pièces à vivre surélevées, virent leurs soubassements se parer de pierres et de briques, quand les étages supérieurs gagnaient en sophistication (cloisons et plafonds en bois sculptés, balustrades et fenêtres coulissantes agrémentées de carreaux de nacre polie). De nombreux exemples de cette architecture raffinée prisée des riches familles philippines aux XVIIIème et XIXème siècles, empruntant tant aux traditions locales qu’aux influences espagnole et chinoise, se rencontrent aujourd’hui à Luzon (dont à Vigan, dans la province d’Ilocos Sur, et à Taal, dans la province de Batangas) comme dans les Visayas (à Cebu comme dans l’impressionnante ville de Carcar, sur l’île éponyme, ou encore à Iloilo, sur l’île de Bohol et sur celle de Negros).

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Bahay Kubo – Bahay na Bato

Plus près de nous, la première partie du XXème siècle vit se matérialiser l’influence américaine, à Manille principalement, où fleurirent durant cette époque les bâtiments d’inspiration néoclassique et art déco, grâce à l’impulsion que donnèrent au développement de la ville le gouverneur général William Howard Taft et l’architecte et urbaniste américain Daniel Burnham.

Ce patrimoine fut largement détruit lors des bombardements japonais de la Seconde Guerre mondiale, mais l’on peut encore admirer plusieurs de ces édifices d’inspiration quelque peu « washingtonienne », parmi lesquels, dans le quartier d’Ermita, la Poste centrale et bien sûr le Musée national, initialement conçu pour abriter le Sénat philippin.

Rares également sont aujourd’hui les bâtiments art déco, bâtis au cours des années 1930 à 1950 pour abriter les nombreux théâtres et cinémas que comptait alors la capitale philippine, à avoir survécu aux outrages du temps, aux défauts d’entretien, à la désaffection du public et à la voracité des promoteurs immobiliers.

Dans cette catégorie se distingue bien sûr le sublime Manila Metropolitan Theater, situé au nord d’Ermita, aujourd’hui désaffecté et dans un état de décrépitude avancé mais pour lequel la Commission nationale de la culture et des arts nourrit actuellement d’ambitieux projets de rénovation. Ce joyau, construit de 1931 à 1935 par le célèbre architecte philippin Juan Arellano, abrite notamment une magnifique verrière en vitrail, des statues de bronze et des éléments de décoration sculptés directement inspirés de l’environnement végétal philippin, tels que bambous, mangues et autres régimes de banane. En plus que d’être le plus grand bâtiment art déco d’Asie, le Manila Metropolitan Theater constitue également, du fait de ces éléments de décoration singuliers, un exemple unique au monde d’une véritable architecture « art déco asiatique ». D’autres bâtiments art déco n’ayant par chance pas encore été détruits retiennent l’attention, parmi lesquels les anciens cinémas Capitol (situé sur la rue Escolta, dans le quartier de Binondo, la structure du bâtiment incorporant notamment deux muses philippines sculptées), Bellevue (rue Pedro Gil, district de Paco), Gaiety (rue M. H. del Pilar, quartier d’Ermita), Ever et Scala (tous deux situés rue Rizal, district de Santa Cruz).

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Manila Metropolitan Theater

La seconde moitié du XXème siècle vit ensuite l’architecture brutaliste essaimer un peu partout dans l’agglomération de Manille et singulièrement à Makati, le développement du quartier d’affaires voyant fleurir les constructions de béton brut, anguleuses et aux lignes géométriques prononcées. C’est aussi ce parti pris architectural qui présida à la réalisation des grands chantiers voulus par le couple Marcos, ainsi qu’en témoigne notamment le complexe abritant le Centre culturel des Philippines, construit en 1965 par l’architecte Leandro V. Locsin.

Les quelques lignes qui précèdent ne donnent toutefois en réalité qu’un aperçu de la richesse et de la diversité du patrimoine de Manille, qui regorge d’un nombre incalculable d’édifices présentant un intérêt patrimonial fort : ainsi du Manila Hotel, du Luneta Hotel, du Coconut Palace, siège depuis 2011 de la vice-présidence philippine, de l’église San Sebastian de Quiapo, seul édifice religieux d’Asie doté d’une structure métallique, pour n’en citer que quelques autres. Tous ces trésors, noyés et cachés dans un tissu urbain aujourd’hui saturé par les problèmes de circulation automobile, appellent à être redécouverts et mis en valeur.

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Luneta Hotel – Manila Hotel – Coconut Palace
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San Sebastian

Tel est aujourd’hui le défi à relever, pour donner et avoir des Philippines une image plus juste et plus complète : certes celle d’un archipel écrin d’un patrimoine naturel d’une splendeur inégalée, mais également celle d’un pays riche d’un patrimoine architectural et culturel exceptionnel et, véritablement, unique au monde.

Dernière modification : 03/03/2016

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