Chroniques philippines : Le Barong, un vêtement symbole de l’identité philippine

A l’orée du mois de juin, alors qu’une vague de chaleur et de moiteur particulièrement intense s’est abattue sur les Philippines, le Barong, sorte de surchemise brodée, ample, légère et translucide portée quotidiennement par de très nombreux hommes philippins, apparaît plus que jamais, au-delà de son originalité et de son esthétique raffinée, comme un vêtement parfaitement adapté au climat tropical que connaît l’archipel.

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Son histoire multiséculaire est aussi riche que les impressionnants motifs, floraux ou géométriques, qui ornent son col et l’ouverture sur la poitrine qui prolonge celui-ci.

Cette histoire ne peut être évoquée sans préciser tout d’abord qu’il faudrait, pour bien faire, donner au Barong son nom complet et exact, celui de « Baro ng Tagalog », soit donc littéralement « le vêtement du peuple Tagalog ».

En effet, les habitants de la partie nord de Ma-i, ainsi qu’étaient connues les Philippines à l’ère pré-coloniale, avaient déjà pour coutume de porter de larges surchemises en coton brut, descendant en-dessous de la taille, ouvertes sur le devant et de couleurs de manches différentes, en fonction du statut social de leurs possédants.

Les colons espagnols s’assurèrent par la suite que ce type de vêtement continue d’être porté par les habitants de l’archipel, afin de marquer une distinction nette entre leur style vestimentaire et celui des populations autochtones. Une légende leur attribue d’ailleurs l’obligation faite de conserver au vêtement un certain degré de transparence comme de le porter sorti du pantalon, afin que rien ne puisse être dissimulé dessous, ni objet ni arme, mais cette hypothèse est battue en brèche, tant en raison de la pré-existence à la période coloniale, ainsi que déjà évoquée, de vêtements de ce type dans l’archipel que de considérations purement pratiques, tenant tant au climat qu’aux tissus employés depuis la période coloniale pour la fabrication du Barong, en majorité composés de fibres végétales potentiellement irritantes pour la peau (ce qui justifie également que le Barong se porte non pas à même la peau mais sur une fine chemise faisant écran).

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Tissu piña
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En effet, les tissus dans lesquels sont, aujourd’hui encore, fabriqués la majorité des Barong sont soit composés de fibres de feuilles d’ananas (tissu piña) soit de fibres d’abaca, du nom de la variété de bananiers que l’on trouve communément aux Philippines (tissu jusi). En raison de la raréfaction continue de tisseurs de feuilles d’ananas, les Barong fabriqués avec cette sorte de fibres végétales sont toutefois désormais devenus aussi rares que chers et prisés, et donc réservés pour les événements les plus formels.

En tout état de cause, vêtement populaire par essence et quoiqu’adoubé par le colonisateur espagnol, le Barong s’est progressivement sophistiqué et, sous l’influence des promoteurs de l’indépendance de l’archipel, affirmé comme l’un des symboles les plus éminents de l’identité philippine.

De la période courant de la seconde moitié du XIXème siècle à la première moitié du XXème siècle, on retiendra qu’elle fut le témoin d’une intense créativité en matière de diversification et d’enrichissement des motifs ornant les Barong, qui furent d’abord floraux puis un temps géométriques, alternativement confinés en forme de U autour de l’ouverture sur la poitrine ou répartis intégralement sur toute la surface du tissu. En 1935, le Président Manuel L. Quezon, attribuant au Barong le qualificatif de « costume national des Philippines », inaugura même une mode dite du « Commonwealth Barong Tagalog », dont les motifs d’ornement étaient directement inspirés de l’étendard national philippin.

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Inauguration du Président Ramon Magsaysay, 1953
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Mais c’est véritablement avec le Président Ramon Magsaysay, à la fin des années 1950, que le Barong connut l’heure de sa consécration, le Chef de l’Etat de l’époque mettant un soin particulier à le porter en toutes occasions, aussi bien donc en privé que pour toutes les cérémonies officielles attachées à l’exercice de sa fonction. Il contribua ainsi à achever d’en populariser le port par une majorité d’hommes philippins jusque lors encore sous l’influence des canons de la mode occidentale et américaine.

Dans un premier temps réservé aux occasions les plus importantes et aux cérémonies les plus formelles, telles que notamment les mariages, le port du Barong s’étendit à toutes les couches de la société et à tous les moments de la vie quotidienne à la faveur de l’introduction à la fin des années 1960 de versions produites dans des tissus plus souples (à base de coton, notamment) ainsi que d’une version du Barong doté de manches courtes, le « polo Barong », toutes versions davantage adaptées aux contraintes de la vie urbaine et du monde du travail.

Désormais adopté par la quasi-totalité des hommes philippins qui le portent avec autant d’aisance que d’élégance et de fierté, il reste sans doute au Barong à se féminiser, pour que le vêtement devienne véritablement un symbole d’identité et d’appartenance de la nation philippine toute entière. Une telle perspective est loin d’être impensable, un nombre croissant de femmes politiques philippines en revendiquant le port, suivant en cela l’exemple de Cory Aquino, qui, à la fin des années 1980, le porta en diverses occasions durant son mandat à la tête de l’Etat philippin.

Quoi qu’il en soit, le Barong, devenu peu à peu un élément constitutif de l’identité philippine et qui pourrait à présent trouver à s’exporter, a devant lui de beaux jours !

Dernière modification : 06/06/2016

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