Chroniques philippines : Le palais de Malacañan, au coeur de l’histoire philippine

L’entrée en fonctions le 30 juin dernier d’un nouveau Chef de l’État aux Philippines a une nouvelle fois braqué les projecteurs sur le palais de Malacañan, siège de la présidence philippine et cœur du complexe officiel plus vaste de Malacañang, qui abrite sur près de 9000 m² de nombreux bâtiments gouvernementaux ainsi qu’une station de télévision et deux églises.

Bien connu comme tel de tous les Philippins, ce lieu mythique situé dans le district San Miguel de Manille, sur la rive droite de la rivière Pasig, a connu une histoire particulière et mouvementée, dont témoigne encore aujourd’hui son architecture unique ainsi que ses intérieurs richement décorés.

© Studio 5 Designs, Inc.
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D’emblée, le regard embrasse l’allure d’une maison coloniale espagnole, nichée dans un écrin de verdure dominé par un imposant balete centenaire, que l’on dit habité par un kapre (figure de la mythologie philippine) répondant au nom de Mr Brown, et qui, de manière plus certaine, fut en février 2015 le témoin privilégié de la lecture publique officielle de « l’Appel de Manille à l’action pour le climat » lancé par les Présidents Aquino et Hollande, à l’occasion de la visite d’Etat effectuée aux Philippines par le Président de la République.

Passée cette première impression, le regard du visiteur bute toutefois assez vite ensuite sur le style néo-classique des colonnades et des haut-plafonds du palais, typique de l’architecture américaine du début du XXème siècle. De même, à l’intérieur, l’œil est immédiatement attiré par les boiseries finement sculptées et par les nombreux éléments de décor inspirés des traditions esthétiques philippines, fruits d’une rénovation majeure supervisée par Imelda Marcos en 1978-1979 et destinée moderniser le palais en y gommant autant que possible les influences hispanique et américaine, au profit donc d’un style proprement philippin, sur le thème « Malakas et Maganda » (mythe philippin des origines, qui veut que la première femme et le premier homme soient sortis d’un bambou géant).

Produit de l’histoire, ce mélange de styles très différents a achevé de donner au palais de Malacañan, tel que nous le connaissons aujourd’hui, sa singularité architecturale et esthétique, somme toute plutôt harmonieuse.

En tout état de cause, le palais ne s’est pas imposé d’emblée comme un haut lieu de pouvoir. D’abord pensé comme une résidence secondaire par l’aristocrate espagnol à l’origine de sa construction en 1750, le palais fut cédé en 1825 au gouverneur général espagnol, qui en fit sa résidence d’été. De résidence d’été, le palais devint résidence permanente des gouverneurs espagnols en lieu et place du Palacio del Gobernador d’Intramuros, ravagé par un séisme en 1863. En 1902, la continuité fut marquée par les gouverneurs américains qui se succédèrent dans les murs du palais jusqu’en 1935, date à laquelle ils laissèrent la place au Président Quezon. Premier Chef de l’Etat philippin à s’installer à Malacañang, dans le cadre de la mise en place du Commonwealth des Philippines, Manuel Quezon dut pourtant lui-même céder la place aux occupants japonais en 1941. Ceux-ci transformèrent à l’occasion le palais en prison, ce qui lui valut d’être épargné par les bombardements qui ravagèrent la quasi-totalité de la capitale philippine à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Rétabli après-guerre en tant que siège officiel de la présidence philippine, le palais de Malacañan connut dans la seconde moitié du XXème siècle d’autres bouleversements, à la faveur des soubresauts de l’histoire nationale des Philippines.
Occupé pendant plus de vingt ans par Ferdinand Marcos et sa famille, le palais vit en 1986 ses grilles forcées et ses intérieurs mis à sac par les opposants au dictateur, désireux de l’en chasser. Pour de nombreux Philippins contemporains de la révolution d’EDSA, l’image du palais s’est à cette époque quelque peu ternie, le faste de son architecture étant inévitablement associé à l’excentricité du luxe dans lequel y vivait le couple Marcos. Pour cette raison aussi, les Chefs de l’Etat qui se sont succédés depuis 1986 à la tête de l’Etat philippin, quoiqu’en continuant de diriger l’action gouvernementale depuis Malacañang, ont tous, à l’exception de Gloria Macapagal-Arroyo qui y avait déjà vécu enfant, fait le choix de ne plus résider eux-mêmes dans le palais de Malacañan. Cette pratique, instaurée par Cory Aquino, fut donc aussi suivie par son fils Benigno Aquino comme par le Chef de l’Etat actuel, Rodrigo Duterte, choisissant tous deux d’élire domicile dans « la maison des rêves », bâtisse plus modeste située sur l’autre rive de la rivière Pasig.

Aujourd’hui, le palais de Malacañan est donc rendu pour l’essentiel à sa stricte fonction officielle et le Président Duterte, manifestement soucieux de le restaurer dans l’imaginaire collectif non comme l’instrument du pouvoir de l’Etat mais comme symbole premier et propriété de la nation philippine toute entière – au point d’ailleurs de mettre un point d’honneur à n’y faire référence publiquement qu’en usant de l’appellation « palais du peuple » - a exprimé le souhait d’ouvrir plus largement à l’avenir ses portes à l’ensemble des Philippins, et singulièrement aux plus pauvres d’entre eux ainsi qu’aux jeunes.

Dernière modification : 02/09/2016

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