Chroniques philippines : Les mangues philippines sont-elles les meilleures du monde ?

Disons-le d’emblée, la réponse à la question ne fait au fond pas vraiment de doute, pour tous ceux qui ont la chance de vivre sous ces tropiques : oui, les mangues philippines sont sûrement les meilleures du monde.

Bien sûr, ce sont d’abord les Philippins eux-mêmes qui le disent, avec fierté, en évoquant ce fruit exotique qui constitue l’un des plus précieux trésors de l’archipel. Mais, pour qui a pu goûter les innombrables variétés de mangues philippines et comparer avec celles produites dans d’autres pays, cette assertion est aussi une évidence.

Mangues jaunes ou vertes, toutes les variétés que l’on trouve aux Philippines semblent surpasser en qualité leurs concurrentes étrangères. Ceci est particulièrement vrai de la variété Carabao, également connue internationalement sous les appellations « Champagne Mango » et « Manila Super Mango », et qui est particulièrement prisée pour la tendresse et l’onctuosité de sa texture, la douceur de sa saveur et la puissance de son arôme. Les mangues de cette variété produites sur l’île de Guimaras, au sud d’Iloilo dans les Visayas, sont particulièrement réputées, puisqu’il se dit qu’elles sont notamment servies aux invités de la Maison Blanche et du Palais de Buckingham. Parmi les autres variétés philippines les plus connues peuvent notamment être citées les variétés Pico (chair fibreuse et extrême douceur), Katchamita (mangue verte originaire d’Inde), Pahutan, Dubul et Binoboy.
Pourtant, ce secret semble aujourd’hui encore trop bien gardé, au regard du potentiel que représente, au plan économique, le développement de la culture et de l’industrie de la mangue.

Principalement cultivées dans les provinces de Pangasinan (centre de Luzon, 30% de la production totale), d’Isabela (nord de Luzon, 15%), de Guimaras, de Negros Occidental (centre des Visayas), de Zamboanga del Norte (ouest de Mindanao), de Lanao del Norte (nord-ouest de Mindanao, province dans laquelle un petit producteur d’Iligan a fait homologuer la plus grosse mangue du monde, d’un poids total de 3,5 kg !) et enfin de Nueva Vizcaya (centre de Luzon), les mangues philippines sont en effet majoritairement encore destinées à une consommation locale, les Philippines n’exportant guère plus de 10% du volume total produit, sous forme, majoritairement, de fruits frais, ou de produits transformés (fruits séchés, purée, jus, etc.).

Ce volume total, d’environ 900000 tonnes par an, ne place la culture de la mangue qu’au troisième rang des productions fruitières des Philippines, derrière celles de la banane et de l’ananas. Permettant donc tout juste de satisfaire la demande locale, il ne permet pas à l’archipel, bien que septième producteur mondial de mangues, de concurrencer efficacement à l’exportation d’autres pays producteurs tels que le Vietnam, le Mexique ou la Thaïlande.

Il y a pourtant en ce domaine, compte-tenu de la demande mondiale et de la qualité intrinsèque des mangues philippines, des parts de marché importantes à conquérir à l’export et, partant, un potentiel de développement dont l’agriculture philippine aurait tort de se priver.

Conscientes de cet enjeu, les autorités philippines entendent aujourd’hui agir dans différentes directions pour accroître la production de mangues et rendre plus efficaces les circuits de distribution et d’exportation de la filière, qui fait aujourd’hui vivre plus de 2,5 millions de foyers agricoles : augmentation de la taille des exploitations (la moitié des producteurs ne cultivent actuellement que moins de vingt manguiers), professionnalisation des techniques de culture (entretien des arbres, modération dans l’utilisation de pesticides et développement du bio, récolte et techniques de stockage des fruits, lutte contre les effets du dérèglement climatique, etc.), réorganisation de la gestion d’ensemble de la filière (harmonisation des périodes de production selon les zones en vue de garantir à l’échelle nationale des volumes constants tout au long de l’année, développement de contrôles qualité, marketing des productions, etc.), amélioration des infrastructures de transport pour réduire les temps de transport, abaisser leurs coûts et au final faciliter l’exportation des fruits frais et/ou des produits transformés, etc.

De la résolution de ces problèmes, qui se posent d’ailleurs à de nombreux autres secteurs de l’agriculture philippine, dépendra in fine la capacité de l’archipel à mieux faire connaître au monde entier l’excellence de sa production de mangues. Au-delà des bénéfices directs que l’économie philippine en retirera, il deviendra donc aussi encore plus évident, pour tout un chacun, que les mangues philippines sont évidemment - et de loin ! – les meilleures du monde.

Dernière modification : 05/05/2016

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