Discours devant la Communauté française de Manille

Lycée français de Manille – Vendredi 27 février 2015

Merci de nous avoir attendus. Nous revenons de l’île de Guiuan et c’était pour nous, et j’y reviendrai, un moment très important. Mais je voulais terminer ce déplacement, cette visite d’Etat, en vous rencontrant dans ce lycée. Je veux tout d’abord remercier le proviseur et les équipes pédagogiques pour la qualité de l’enseignement qui est fourni ici à plus de trois cents élèves.

Cela n’a été d’ailleurs possible que parce qu’il y a eu des initiatives qui sont parties de Françaises et de Français, mais aussi d’Allemands. C’est qui fait que cet établissement est particulièrement original, puisqu’il peut enseigner en français et en allemand et qu’il a constitué ce qu’on appelle un Eurocampus.

Je veux insister sur la présence de nos établissements à l’étranger car, pour qu’il y ait des communautés françaises qui puissent vivre, puissent aussi développer leur activité, il convient qu’il y ait aussi, des services publics et le premier d’entre eux est l’école. Pour assurer ces services publics, il faut aussi des enseignants, des personnels et je veux m’adresser à eux pour leur dire toute notre reconnaissance. Je sais aussi que les contributions financières sont élevées et sont particulièrement douloureuses pour un certain nombre de familles, d’où la politique qu’a menée le ministre des Affaires Etrangères pour alléger un certain nombre de participations.

Je vous retrouve, je vous le disais, dans le cadre d’une visite d’Etat qui s’achève aux Philippines et qui traduit d’abord l’amitié qui existe entre les Philippines et la France, amitié qui remonte à loin et dont vous êtes, d’une certaine façon, les représentants. Une amitié qui s’est forgée à travers un même combat pour la démocratie et pour la liberté. Et quand il y a eu cette révolution silencieuse, pacifique, ici aux Philippines et que madame AQUINO est devenue présidente de la République, le président français de l’époque, François MITTERRAND, l’avait accueillie à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française. Et cela, pour marquer ainsi, le symbole que représentait ce même combat, celui des Philippins, celui des Français, pour les droits de l’homme.

Cette amitié ensuite, s’est renforcée avec un certain nombre de coopérations qui ont pu être menées à bien. Et je veux souligner justement le rôle de votre communauté française, puisqu’il y a plus de cent entreprises qui sont ici, installées aux Philippines, et qui font travailler quarante mille salariés dans des domaines très différents, sans jamais cesser de trouver un dynamisme supplémentaire.

Cela a d’ailleurs été une des raisons de ma visite qui venait après celle du président AQUINO à Paris il y a six mois, celle de renforcer nos échanges économiques à travers un comité qui va être créé et qui va se réunir tous les ans. La prochaine fois, ce sera à Paris au mois de juin, pour stimuler l’activité économique entre nos deux pays. Nous avons pu, notamment dans le domaine aéronautique, dans le domaine énergétique, dans le domaine des transports, faire déjà des pas en avant.

Mais il est vrai que cette visite a un caractère exceptionnel. D’abord parce que je suis venu avec plusieurs ministres, le ministre des Affaires étrangères Laurent FABIUS, la ministre de l’Ecologie Ségolène ROYAL, la ministre du Développement Annick GIRARDIN. Mais nous sommes venus aussi avec un certain nombre de personnalités parce que nous voulions, ici aux Philippines, lancer un appel. C’était hier, c’était l’appel de Manille, pour alerter la communauté internationale, c’est-à-dire pas simplement les Etats, les gouvernements, même si ce sont eux qui vont être en première ligne pour la conférence de Paris, mais aussi les acteurs associatifs, économiques, culturels, parce que nous avons besoin de la mobilisation de toutes les opinions publiques.

Pourquoi les Philippines ? Parce que c’est ici, et vous en avez été les témoins, qu’il y a eu les pires catastrophes, notamment l’une d’elles en 2013 qui a vu des côtes dévastées, des populations décimées, des maisons effondrées, des établissements industriels délabrés, des lieux de culte également dévastés. Alors nous voulions montrer au monde ce qu’est la conséquence du réchauffement climatique. Et ce que peut représenter pour un pays comme les Philippines d’être ainsi régulièrement victime tantôt de typhons, tantôt de tremblements de terre et puis j’oublie la montée des eaux, les inondations ; tout ce qui fait l’inquiétude, l’angoisse de populations entières.

En même temps que nous lancions l’appel de Manille, nous voulions aller sur un site – je l’ai évoqué, celui de Guiuan - pour que nous puissions montrer aux yeux du monde ce qu’était une catastrophe, ce qu’elle pouvait encore avoir comme stigmates, comme séquelles, mais aussi ce qu’était la résilience, la résistance, le courage, la bravoure d’une population, celle que nous avons rencontrée. Grâce à Nicolas HULOT, nous avons pu regrouper des personnalités imminentes. Celles qui vont justement contribuer à la négociation de la conférence sur le climat, des personnalités qui dépendent des Nations unies, mais également des organisations non gouvernementales, des experts notamment du GIEC avec une personne qui commence à être maintenant entendue – il était temps – c’est monsieur Jean JOUZEL. Et puis aussi des artistes comme Marion COTILLARD et également Mélanie LAURENT qui ont lu des textes aussi bien à Manille hier qu’à Guiuan tout à l’heure.

Pourquoi cette mobilisation ? Dans un contexte que chacun connaît, difficultés économiques, drames, terrorisme. Il y a suffisamment d’images horribles qui nous parviennent. Encore ces dernières minutes ou ces dernières heures, on nous annonçait qu’il y avait eu à Mossoul des destructions de biens culturels qui représentent pourtant, le patrimoine de l’humanité. Il y a aussi des massacres, hélas, qui se passent chaque jour en Syrie, en Iran mais également au Nigéria. C’est vrai, pourquoi une fois encore rappeler l’urgence de la lutte contre le réchauffement climatique ? Parce qu’il s’agit finalement de notre propre survie et de la vie de ceux et de celles qui sont scolarisés ici, nos enfants, pour certains nos petits-enfants. Nous devons donc prendre nos responsabilités.

Je suis fier que ce soit la France qui accueille la conférence sur le climat, parce que la France doit toujours prendre l’initiative. On nous appelle le plus souvent pour agir, quand il y a justement du terrorisme, lorsqu’il y a de l’insécurité, lorsque les droits de l’homme sont bafoués. C’est toujours vers la France que l’on se tourne. Parfois, c’est une charge qui peut être lourde, une responsabilité même qui peut être risquée. Nous y répondons, mais toujours dans le respect du droit international. Nous disons à d’autres : « Nous avons montré le chemin. Suivez-nous ». Il en est de même pour le climat.

Nous aurions pu là aussi, détourner notre regard et considérer que nous avions suffisamment d’urgences en France : la lutte contre le chômage, la lutte contre la pauvreté, le souci qui est le nôtre aussi, d’assurer les investissements qui pour nous sont essentiels pour notre avenir – l’école, la recherche. Mais nous avons pensé que tout était lié et que s’il y avait des catastrophes qui se produisaient parfois loin de chez nous, elles nous concernaient. D’abord parce que la France est un pays qui est représenté sur tous les continents. Nous avons des îles nous aussi, qui peuvent être menacées, des côtes qui peuvent être submergées. Nous sommes régulièrement, à travers nos régions d’Outre-mer mais quelquefois aussi en métropole, frappés par un certain nombre de cataclysmes, de catastrophes et nous devons prendre non seulement notre part, mais une fois encore, être à l’initiative.

Nous avons pris en charge, l’organisation, la préparation de la conférence sur le climat, mais nous ne sommes pas simplement un pays hôte, un pays d’accueil, même si nous veillerons à ce que toutes les délégations – et il y en aura de nombreuses – soient bien accueillies. Nous devons aussi réussir cette conférence. Et réussir cette conférence, cela suppose que chaque pays dise quelle va être sa contribution. Non pas sa contribution financière même si elle peut être rappelée, mais sa contribution dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, de CO2. Nous devons aussi faire que les pays du Sud, les pays pauvres, les pays fragiles, puissent être intéressés à la négociation. Or, il y a beaucoup de pays qui nous disent : « Mais nous, nous ne sommes pas les émetteurs de gaz à effet de serre ». Les Philippines sont parmi les pays qui émettent le moins de CO2. Nous n’avons pas prélevé de ressources qui pourraient nous rendre responsables et coupables. Nous n’avons pas de mode de développement qui a consisté à spolier la nature. Pourquoi devrions-nous faire des efforts, même si nous sommes également touchés par le réchauffement climatique ?

Alors pour répondre à cette demande, nous avons fait en sorte que le Fonds vert puisse être créé, qui permette de soutenir les investissements des pays les plus fragiles pour assurer leur transition énergétique. Mais nous avons voulu aussi qu’il y ait une participation de tous les acteurs de la communauté internationale. C’est ce que nous appelons « l’agenda des solutions » ; faire que les entreprises, les grandes associations, les universités qui sont d’ailleurs ici représentées, toutes les innovations possibles puissent être rassemblées dans ce qu’on appelle cet agenda des solutions. Je lance un appel là aussi pour que tous les établissements scolaires, tous les établissements universitaires, tous les centres de recherche se mobilisent.

C’est déjà le cas. M’accompagnent ici dans ce voyage des lycéens des Mureaux qui ont fait un travail et qui vont le poursuivre pour savoir quel pourrait être leur rôle s’ils étaient eux-mêmes des décideurs dans la négociation sur le climat. Ces lycéens des Mureaux ont dit qu’ils voulaient représenter les Philippines dans la négociation. Je voudrais les saluer, ils sont parmi nous et vous pouvez les applaudir parce que ce sont des Français, et des Philippins de cœur.

Il nous faut convaincre tous les récalcitrants, et il doit y en avoir encore, des gouvernements qui sont toujours frileux, de Etats qui pensent qu’ils peuvent une fois encore différer leurs obligations, des entreprises qui peuvent imaginer que la vie peut continuer sans qu’il y ait le moindre changement dans leurs paramètres, dans leurs critères ou dans leurs modes de consommation ou de production. Il nous faut continuer à faire pression et ce voyage permet justement cela.

D’abord parce que, m’exprimant ici à Manille, dans un pays qui a souffert, je peux également porter témoignage de ce qu’il a fait et de ce que nous avons fait pour lui. D’abord ce qu’il a fait : il s’est relevé après l’épreuve, et c’est un signe toujours de vitalité d’un peuple quand il est frappé. Cela a été aussi pour nous une illustration avec ce que nous avons vécu au mois de janvier et que vous avez suivi. Quand un peuple est frappé, quand une nation est atteinte, quand une épreuve la saisit, il y a deux façons de réagir. Soit la soumission, l’abandon, la résignation. Soit au contraire le sursaut, le courage, le rassemblement. C’est ce qu’ont fait les Philippins. Ils se sont mis au travail ensemble pour reconstruire, mais pas reconstruire comme avant : pour imaginer comment intégrer de nouvelles technologies, pour être moins victime des catastrophes. Sur ce port de pêche Guiuan, j’avais cette conviction qu’aucun peuple, s’il a la conscience de ce qu’il porte, aucun peuple ne peut être victime. Parce qu’aucun peuple ne peut rester sans réaction face à une épreuve. Je voyais dans les regards de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants, la fierté d’avoir pu reconstruire.

Je veux aussi saluer tous ceux qui ont aidé les Philippins. D’abord vous, Français installés ici. Vous avez tous fait effort pour les apaiser, pour les accompagner, avec vos associations, pour les soulager, parfois leur apporter votre propre aide financière. Je veux également dire que nos entreprises, celles qui sont ici implantées, ont été exemplaires parce qu’elles ont fait en sorte d’apporter leur savoir-faire, leur technologie et également le meilleur de ce que leurs cadres pouvaient fournir pour aller là où il y avait des catastrophes et faire en sorte que nous puissions être partie prenante dans le redressement.

Il y a aussi ce que l’aide internationale a pu faire et l’aide française en particulier. J’ai une fois encore confirmé que nous accompagnerions, avec une organisation humanitaire qui s’appelle ACTED, les victimes de la catastrophe de 2013. Mais ce que nous devons faire, c’est plus que cela. C’est déjà anticiper et c’est là que la science peut être notre meilleur soutien. La science, c’est la recherche, c’est la technologie, c’est le savoir. Dans cette conférence sur le climat, nous devons faire une alliance pour que non seulement les Etats et les gouvernements se mettent au travail, mais que, pour préparer l’avenir, les chercheurs, les scientifiques, les entreprises puissent intégrer dans les choix qui vont être les nôtres, ce que la technologie peut nous donner de meilleur.

C’est pourquoi l’aventure de la conférence sur le climat est une aventure écologique et aussi une aventure économique. Nous allons préparer la croissance verte pour les prochaines années. Ici aux Philippines, elle est déjà engagée mais elle doit l’être partout dans le monde et aussi en France parce que nous voulons être exemplaires. En France, nous avons fait voter des textes. Une loi est en cours de discussion au Parlement, qui nous permettra d’être non seulement conformes aux engagements que nous allons prendre lors de la conférence sur le climat, mais déjà d’être à l’avant-garde.

Voilà ce que je voulais vous dire, Françaises et Français ici installés aux Philippines. D’abord toute notre gratitude pour ce que vous entreprenez, ce que vous faites ici pour ce pays et pour le nôtre, parce qu’il y a un courant d’échanges qui ne cesse de se développer. Merci aussi de faire rayonner la culture française, d’abord à travers cet établissement mais aussi à travers les alliances françaises, à travers tout ce que l’on fait pour la promotion de la langue, pour la culture, parce qu’ici nous ne sommes pas qu’un pays. Nous sommes les représentants de la francophonie.

Merci aussi pour celles et ceux qui participent à l’aide, au soutien aux populations les plus en difficultés. Je salue vos associations. Je sais qu’il y en a de nombreuses, qui ne sont d’ailleurs pas simplement sur les questions d’environnement ou de climat mais également de réduction de la pauvreté, de soutien aux familles et notamment aux femmes qui peuvent se trouver dans le dénuement ici à Manille. Puis enfin, vous dire que notre pays avance, notre pays fait des choix, fait des réformes et que notre pays a subi lui aussi une attaque et une épreuve. Vous avez été sans doute vous aussi participants à des défilés, même s’ils étaient moins nombreux qu’à Paris, mais vous avez sûrement ressenti la même chose que nous, c’est-à-dire la même volonté d’être ensemble, la même exigence de respect, de fraternité, le même souci de sécurité aussi. Et il doit être absolument respecté. Vous avez sans doute éprouvé la même fierté quand le peuple français se retrouve autour de ses valeurs, autour de la confiance qu’il a dans son destin, autour aussi de l’image qu’il porte partout dans le monde. Ce qui était saisissant lors de ce défilé du 11 janvier, c’était bien sûr les foules considérables qui s’ébranlaient. Mais c’était également le fait que beaucoup de chefs d’Etat et de gouvernement étaient venus pour nous signifier leur soutien et leur solidarité, parce que la France est un pays qui est toujours regardé pour savoir si l’on va dans la bonne direction, si nous sommes encore fidèles aux valeurs que nous portons, si nous avons encore un message à donner au monde.

Le message que je voulais livrer ici à Manille avec vous, c’était le message que la France est toujours en avance, mais elle ne prétend pas être en avance pour se retrouver seule. Ça ne sert à rien d’être seul. Ce que la France veut, c’est non seulement être accompagnée mais c’est pouvoir rassembler. Nous avons fait en sorte que les Français se rassemblent face à l’épreuve. Nous devons faire en sorte que le monde se rassemble face à des risques de catastrophe. C’est tout l’enjeu de la conférence sur le climat qui va se tenir à Paris au mois de décembre. Et d’une certaine façon, la conférence sur le climat a commencé à Manille le 27 février grâce à vous, grâce aux autorités philippines, grâce aussi à tous ceux qui nous ont accompagnés dans ce déplacement. Voilà, Paris c’est dans trois cents jours, et le chemin pour aller à Paris passait par Manille.

Merci à tous. Vive la République et vive la France.

Dernière modification : 03/03/2015

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