EDITORIAL

Organisée chaque année à la mi-mars en France comme à l’étranger, la Semaine de la langue française et de la Francophonie, est l’occasion de fêter la langue française en lui manifestant son attachement et en célébrant sa richesse et sa diversité. Plusieurs évènements sont proposés dans ce cadre aux Philippines, à l’initiative notamment des Alliances françaises de Manille et de Cebu et des ambassades des pays francophones. Contrairement à une idée reçue, le nombre de francophones ne cesse d’augmenter à travers le monde. Grâce à la croissance démographique de l’Afrique, ils pourraient être plus de 700 millions en 2050. La mondialisation et la révolution numérique leur apportent une possibilité inédite de tisser des liens, de partager des informations, des savoirs, et des contenus culturels. Elles leur offrent la chance de renforcer leur unité et leur identité. Mais ces transformations ne produiront les effets attendus que si les francophones savent saisir les opportunités qui se présentent à eux et se mobilisent.

Cela est particulièrement vrai aux Philippines où la langue française ne dispose pas d’une assise historique, contrairement à l’anglais et dans une moindre mesure à l’espagnol -hérités de l’époque coloniale- voire au japonais qui fut langue d’enseignement durant l’occupation (1942-1944), mais où elle bénéficie néanmoins d’une très bonne image et où ses perspectives sont prometteuses pour peu que l’on sache explorer la diversité des canaux qui s’ouvre à elle. Sait-on que le français est aujourd’hui la première langue européenne -hors anglais, qui a le statut de langue officielle conjointement avec le filipino- enseignée dans les universités philippines, ainsi que la seconde langue étrangère enseignée au niveau des collèges et des lycées, derrière l’espagnol et devant le japonais ?

Elargir l’espace francophone aux Philippines reste toutefois un défi. Après avoir bénéficié d’un essor conjoncturel, lié à la demande des candidats à l’émigration au Québec, aujourd’hui en voie de réduction, la promotion du français aux Philippines qui concerne à ce jour près de 15 000 apprenants - tous établissements confondus- doit trouver de nouvelles voies. L’une d’entre elles est le déploiement depuis l’année dernière de la « réforme K12 » qui vise à aligner le système éducatif philippin sur les standards internationaux, évolution qui prévoit notamment le renforcement de l’enseignement des langues étrangères. La mise en œuvre de l’accord franco-philippin conclu dans ce cadre en 2015 doit être l’occasion de concevoir une stratégie ambitieuse dans ce domaine. L’emploi, la mobilité et l’émigration constituent également des réservoirs d’apprenants potentiels qu’il convient de mieux capter. Le développement du tourisme francophone aux Philippines – plus de 45 000 touristes français en 2015-, une manne pour la filière de l’hôtellerie et de la restauration, et les 150 entreprises françaises qui emploient plus de 40 000 personnes à travers le pays sont des facteurs de dynamisme pour l’apprentissage de notre langue qu’il faut valoriser. Les centres d’appels, en pleine expansion, en quête de main d’œuvre qualifiée et polyglotte, constituent également des cibles de choix. Enfin les partenariats interuniversitaires en cours de remobilisation à l’initiative de l’ambassade de France doivent demeurer une voie d’excellence, la mobilité étudiante étant une des clés de la promotion de la francophonie.

Nous disposons pour ce faire de vecteurs précieux aux Philippines. Les Alliances françaises de Manille et de Cebu, véritables têtes de pont de la francophonie, doivent relever le défi lié au tarissement de la « filière québécoise ». Le Lycée Français de Manille, pôle d’excellence, a vocation à accroitre son rayonnement dans le milieu philippin. Mais la Francophonie, qui est un combat pour la diversité et des valeurs, est aussi l’affaire de tous, Français et Philippins désireux de faire progresser notre langue. Les Français, notamment ceux des milieux d’affaires, bien qu’évoluant dans un environnement anglophone, ont un rôle à jouer qui s’inscrit pleinement dans le cadre de la Responsabilité Sociale des Entreprises. L’ambassade est désireuse de valoriser toute initiative susceptible d’être prise dans ce cadre. Les Philippins quant à eux peuvent compter sur notre soutien à l’instar de celui qu’il convient d’apporter à l’Association d’amitié franco-philippine de Negros, un club francophile et francophone, créé à Bacolod en 1981, un exemple à saluer et à suivre.

Thierry MATHOU
Ambassadeur de France

Dernière modification : 03/03/2016

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