EDITORIAL

Deuxième pays le plus peuplé d’Asie du Sud-est asiatique, enregistrant la croissance la plus élevée des pays de l’ASEAN à revenu intermédiaire, disposant d’une situation macroéconomique saine, et occupant une position stratégique au cœur de l’Asie-Pacifique, les Philippines, jadis décrites comme « l’enfant malade » de l’ASEAN, sont devenues en quelques années le pays le plus prometteur de la région. Dotées d’une main d’œuvre jeune, nombreuse et bon marché, et seul pays d’Asie à partager avec l’Occident une communauté de valeurs fondée sur l’universalisme des droits de l’homme, les Philippines disposent d’incontestables avantages comparatifs pour confirmer leur émergence et passer, à l’horizon 2050, du 39ème au 16ème rang des économies mondiales comme le leur prédisent plusieurs instituts spécialisés.

Doté d’un fort potentiel, le pays n’en est pas moins confronté à de multiples défis : une grande vulnérabilité aux catastrophes naturelles ; une misère endémique ; de profondes inégalités sociales ; une économie oligopolistique ; des infrastructures notoirement insuffisantes ; un État relativement faible ; un processus de paix inachevé dans le Sud miné par le radicalisme islamique ; et le contentieux en Mer de Chine méridionale.

De la capacité du prochain Chef de l’Etat, le 16ème depuis 1935, à relever ces défis dépendra celle du pays à trouver sur la scène régionale et internationale la place enviable qui lui est promise. Au-delà d’un simple changement de gouvernement, les élections organisées en ce mois de mai sont de nature à orienter durablement l’avenir des Philippines qui sont plus que jamais à la croisée des chemins. Des choix qui seront faits par le prochain Président et par son Administration dépendront non seulement la prospérité nationale à laquelle aspire le plus grand nombre, mais aussi le positionnement et in fine l’image du pays sur la scène internationale, qui ne sera pas sans conséquences sur ses performances.

L’amplitude des enjeux a indirectement pesé sur le jeu politique qui fut rarement aussi ouvert lors d’une campagne électorale - malgré l’évolution récente des sondages d’opinion - comme si les électeurs hésitaient sur la conduite à tenir. Cette situation singulière, sans être inédite, n’en a que mieux souligné le caractère historique de l’étape que les Philippines s’apprêtent à franchir, une étape également importante pour leurs partenaires qui, à l’instar de la France, aspirent à renforcer dans les années qui viennent, la dynamique de leurs relations bilatérales.

Dans le contexte d’incertitude légitime qui précède toute phase électorale, incertitude qui peut être considérée comme un signe de maturité démocratique, il convient désormais d’attendre le verdict des urnes pour accompagner les Philippines dans la nouvelle ère qui s’ouvre à elles.


Thierry MATHOU
Ambassadeur

Dernière modification : 05/05/2016

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