EDITORIAL

Les urnes ont parlé. Au terme d’une campagne très clivante bien que globalement moins violente que par le passé, le peuple philippin a donné une large majorité au maire de Davao, Rodrigo R. Duterte qui deviendra, le 1er juillet prochain, le 16ème président de la République des Philippines. Au-delà des multiples commentaires qui ont suivi cette élection, deux constats s’imposent à ce stade :

- Dans une région où le fonctionnement de la démocratie est régulièrement sujet à caution, les Philippines ont démontré la résilience de leurs institutions qui ont parfaitement fonctionné malgré l’âpreté des joutes politiques et la complexité des procédures juridiques. L’amplitude de la marge de victoire du futur président, qui a écarté les contestations et son cortège de remises en cause, ainsi que la rapidité avec laquelle les résultats ont été connus, ont démontré une maturité démocratique qu’il convient de saluer.

- Bien que le vote des électeurs philippins ait été au moins autant influencé par la personnalité des candidats que par le contenu de leurs programmes, une incontestable aspiration au changement s’est exprimée. Elle révèle à la fois les nombreuses fractures qui traversent le pays - des fractures qui lui sont propres- mais aussi un phénomène plus général qui conduit les électorats à travers le monde à se montrer de plus en plus exigeants avec leurs gouvernants sommés de démontrer leur capacité à relever de manière concrète les défis du monde contemporain, qu’il s’agisse du creusement des inégalités sociales, de la financiarisation excessive de l’économie, de la montée de l’insécurité, ou des conséquences multiples des dérèglements climatiques.

Les enjeux qui attendent la nouvelle Administration sont considérables. La responsabilité du futur président le sera tout autant. Les Philippines ont tous les atouts pour devenir un pays clé en ce début de 21ème siècle, non seulement en Asie-Pacifique, mais aussi au-delà, en raison de l’importance de leur population, de leur position stratégique, et de leur réservoir de croissance. Mais elles sont également confrontées à de nombreux blocages structurels qui contribuent à brider une dynamique particulièrement prometteuse.

Les nouveaux dirigeants seront plus que jamais jugés sur leurs aptitudes à vaincre ces obstacles mais aussi sur les moyens utilisés pour y parvenir. Nombre de commentateurs ont décrypté l’élection du futur président comme un mouvement d’espoir faisant du volontarisme de l’intéressé la dernière clé pour déverrouiller les portes de l’Histoire. Le peuple philippin mérite que son appel soit entendu.

Convaincue de l’importance des Philippines sur la scène internationale, la France entend y poursuivre son engagement afin de faire face avec elles aux défis globaux que sont la lutte contre la pauvreté, le changement climatique et le terrorisme, ainsi que le combat pour le développement durable et la promotion des valeurs de la démocratie et des droits de l’homme. C’est dans l’esprit de tous ces principes, aussi liés que complémentaires, que nous aspirons à développer la coopération franco-philippine en partenariat avec la future Administration.

Thierry Mathou
Ambassadeur

Dernière modification : 06/06/2016

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