EDITORIAL

Pays comptant plus de 7000 îles, les Philippines, malgré l’importance des régions et des municipalités dans l’organisation territoriale, attestée par le prestige des fonctions de gouverneurs et de maires, reste un Etat centralisé où la macrocéphalie démographique et économique de Manille tend à pénaliser le développement uniforme de la nation. Le rééquilibrage géographique de l’Etat philippin est au cœur des priorités de la nouvelle Administration, inspirée par le Président Duterte qui souhaite une meilleure répartition des richesses mais aussi des pouvoirs au profit des provinces. C’est le sens de la réforme institutionnelle que le nouveau chef de l’Etat souhaite mettre en œuvre avant la fin de son mandat. Bien que le processus s’annonce long et complexe, il a vocation à répondre à trois défis face auxquels la France est aux côtés des Philippines :

- Le premier est d’ordre systémique. Il attrait à la révision de la constitution dont l’objectif est de créer un system fédéral ou à tout le moins décentralisé. Dans ce cadre, il est intéressant que le Président Duterte ait fait référence dans son discours sur l’état de la nation, au modèle institutionnel français. Bien que la référence porte plus sur l’articulation entre l’exécutif -notamment le Président de la République- et le législatif, que sur l’organisation territoriale, on ne peut que se féliciter que l’expérience française soit invitée dans le débat ;

- Le second concerne le développement économique. Le souhait de la nouvelle Administration de mettre en œuvre une politique agricole ambitieuse, de créer des bases industrielles, et de développer les zones économiques spéciales correspond à la nécessité de fixer la population rurale et de susciter l’émergence de nouveaux pôles de croissance, d’où l’importance qu’il convient d’accorder aux provinces dans le cadre de la relation bilatérale franco-philippines, notamment sur le plan économique ;

- Le troisième enfin est de nature politique. Le succès du processus de paix à Mindanao suppose un degré d’autonomie locale accru et un redéploiement des priorités économiques, nécessité que l’Agence Française de Développement a anticipée en faisant du soutien à la décentralisation et au développement à Mindanao dans le cadre du « Projet Renaissance », un des axes de sa mobilisation aux Philippines.

Même s’il reste symbolique à ce stade, le rééquilibrage géographique des pouvoirs est en marche comme l’illustre la présence aux trois fonctions clés de l’Etat philippin –la présidence de la République, celle du sénat et celle de la chambre basse- de trois personnalités de Mindanao, une première dans l’histoire du pays. Il convient de tirer toutes les conséquences de cette évolution. C’est dans ce cadre que je conduirai prochainement une délégation à Davao afin de promouvoir les savoir-faire de nos entreprises et d’envisager plus avant les perspectives de coopération qui s’ouvrent à la France dans le sud du pays. Pour autant Mindanao ne saurait être la seule cible de notre déploiement géographique qui est déjà ancien comme l’illustre la présence d’une Alliance française à Cebu.

Les provinces philippines méritent plus que jamais l’attention de nos entreprises et de nos établissements, un tropisme que l’Ambassade de France entend encourager.

Thierry Mathou
Ambassadeur

Dernière modification : 02/09/2016

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