EDITORIAL

Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-est), qui s’est tenu à Vientiane le mois dernier, a été l’occasion de transmettre la présidence de l’Organisation aux Philippines qui en assureront formellement le leadership pour un an à compter du 1er janvier prochain. Cette présidence philippine interviendra à un moment clé pour l’Association qui fêtera ses 50 ans en 2017. Ce sera l’occasion de dresser un bilan de son action et d’esquisser de nouvelles perspectives, dans un contexte caractérisé par une forte dynamique économique - qui se poursuit malgré les différentiels de développement existant entre les dix pays membres -, par des incertitudes géopolitiques liées notamment au contentieux en Mer de Chine du Sud, et par une transition politique en devenir permanent illustrée par la diversité des régimes en place dans les pays de la région et la multiplicité des défis auxquels ils sont confrontés.

Les Philippines, qui souhaitent placer leur présidence sous le thème de la « centralité » de l’ASEAN -un état de fait commercial et stratégique, à défaut d’être une réalité politique et diplomatique- sont à bien des égards représentatives des enjeux auxquels est confrontée l’ASEAN dans son ensemble. Sur le plan économique, les Philippines ont de nombreux atouts pour devenir un futur « tigre » d’Asie, à condition de surmonter un certain nombre d’obstacles structurels, ce qui suppose notamment la résorption des disparités régionales, le développement des infrastructures, et la définition du juste équilibre entre la préférence nationale et une ouverture plus grande aux échanges internationaux et aux investissements étrangers. S’agissant des relations extérieures, l’accent mis par la nouvelle Administration sur une « politique étrangère indépendante » est ni plus ni moins la déclinaison philippine du pragmatisme diplomatique que l’ASEAN, créée en 1967 dans le contexte de la guerre froide, pour relever des défis politiques et de sécurité, doit adopter dans la gestion de sa relation avec la Chine, amenée à occuper une place grandissante dans la région.

Sur le plan politique enfin, la nouvelle donne qui prévaut sur la scène intérieure philippine depuis l’élection du président Duterte, est illustrative des doutes qui parcourent les sociétés civiles d’Asie du Sud-est et des réponses plus ou moins adaptées que les gouvernants et les institutions sont en mesure de leur apporter.
Dans ce contexte, les Philippines sont amenées à jouer un rôle central dans l’évolution de la région dont elles sont à la fois un acteur et un révélateur. Ce constat doit nous amener à être plus que jamais mobilisés dans ce pays dont l’hybridité culturelle, sociale, économique et politique ne cesse d’interpeler. L’Union européenne, et la France en particulier, sont porteuses de valeurs qu’il nous appartient de promouvoir aux Philippines, comme ailleurs, dans un esprit de dialogue résolument constructif tout en continuant à pousser nos intérêts économiques.
Bien qu’amenées à se recentrer autour leurs racines asiatiques pour des raisons tenant autant aux dynamiques propres à l’ASEAN qu’aux orientations du nouveau gouvernement, les Philippines n’en resteront pas moins un de nos partenaires importants dans la région, avec lequel il convient de poursuivre la diversification de nos échanges, et ce dans tous les domaines : économie, culture, éducation, et enjeux globaux dont le développement durable, le défi climatique, la lutte contre le terrorisme et la promotion des droits de l’homme.

Thierry MATHOU
Ambassadeur

Dernière modification : 30/09/2016

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