EDITORIAL

Le dernier rapport annuel sur l’écart entre les sexes (Global Gender Gap Report 2016) publié par le Forum Economique Mondial (WEF) place les Philippines en tête de classement : 7ème rang sur 144 pays, et 1er rang en Asie. Fondé sur quatorze indicateurs mesurant l’accès des femmes à l’éducation et à la santé, leur implication dans les activités économiques, ainsi que leur degré d’autonomie sociale et politique, cet index de référence permet d’évaluer les progrès réalisés dans chaque pays en matière d’égalité entre les sexes.

Bien que valorisants, les résultats enregistrés par les Philippines révèlent une réalité plus contrastée qu’il n’y paraît. Le pays dispose certes d’un arsenal juridique favorable aux questions de genre. La Constitution proclame l’égalité entre hommes et femmes. Les Philippines ont ratifié la Convention sur l’Élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des Femmes (CEDEF). Adoptée en 2008 la « Magna Carta of Women » constitue une véritable charte législative très complète dans ce domaine. La Commission en charge des Droits des Femmes (Philippines Commission on Women) est particulièrement active. Le taux de féminisation des administrations est un des plus élevés dans la région. Les Philippines sont un des rares pays au monde à avoir élu à deux reprises une femme au poste de Chef de l’État et, plus récemment, à la vice-présidence de la République.

Pour autant le bilan est loin d’être uniforme. Les bons résultats enregistrés par le classement du WEF reposent principalement sur des indicateurs relatifs à l’éducation et à la santé, qui montrent qu’il n’existe pratiquement plus d’écart de genre dans les domaines de l’alphabétisation, de l’accès à l’éducation primaire et secondaire, ainsi qu’aux services de santé. En revanche, les résultats sont beaucoup plus mitigés s’agissant de l’accès aux activités économiques rémunérées, compte tenu de l’existence de nombreux obstacles structurels tenant autant au marché de l’emploi qu’à des facteurs sociaux et culturels. Bien que nombre de femmes occupent des postes de responsabilités, force est de constater que le monde des affaires reste un univers très masculin. Le même constat peut être fait dans le domaine de la politique : les femmes ne sont que 6 sur 24 sénateurs et 87 sur 292 députés. Le nouveau gouvernement ne compte que 5 femmes ministres (éducation, santé, tourisme, environnement et affaires sociales). Même si le phénomène dynastique joue autant pour les hommes que pour les femmes, ces dernières accèdent encore trop souvent à des responsabilités électives locales et provinciales en raison de leur statut de fille ou d’épouse et non de leurs mérites personn els.

Dans ce contexte, les questions de genre restent un enjeu aux Philippines et un domaine particulièrement opportun pour développer des projets de coopération. C’est un des axes retenus par l’ambassade qui a déjà eu l’occasion d’organiser un séminaire sur le thème très sensible des grossesses précoces qui constitue un des défis posés à l’émancipation des femmes philippines.

Afin de mettre l’accent sur les avancées mais aussi sur les enjeux de la question féminine dans ce pays, le prochain Forum Global des Femmes (Women’s Forum Global Meeting 2016) organisé à Deauville du 28 novembre au 2 décembre 2016 a choisi les Philippines comme invité d’honneur sur proposition de l’ambassade de France. Une délégation philippine de haut niveau participera à cette rencontre internationale consacrée cette année à « l’économie partagée ». Plus de 1000 participants venus du monde entier sont attendus. L’objectif de l’ambassade est de susciter l’organisation à Manille en 2017 d’un forum de ce type, occasion de mettre en avant de nombreuses thématiques, notamment sociales, économiques et humanitaires, et d’associer à ce projet l’ensemble des acteurs français et philippins concernés, en particulier les entreprises.

Thierry MATHOU
Ambassadeur

Dernière modification : 04/11/2016

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