EDITORIAL

2017 est une année de célébration de la relation franco-philippine. Cela fera en effet 70 ans, le 26 juin prochain, que la France et les Philippines ont établi des relations diplomatiques, qui prirent la relève de relations consulaires formalisées dès 1824 par l’ouverture d’un Consulat de France à Manille, promu Consulat général au sortir de la Première Guerre Mondiale. Au-delà des échanges d’Etat à Etat – élevés au rang d’ambassadeurs en mai 1956 après avoir été suivis à partir de 1947 par des « envoyés extraordinaires et plénipotentiaires »- les relations entre nos deux pays puisent leurs sources dans des liens plus étroits encore et ont bénéficié d’une dynamique sans cesse renouvelée, dont la diversité est une promesse d’avenir.

Bien que nos deux pays ne partagent pas une communauté de destin géographique et historique – l’arrivée de Français aux Philippines est toutefois attestée dans le cadre des expéditions de Magellan- c’est dès le 19ème siècle que se sont noués des liens inaltérables entre les deux nations lorsqu’un groupe de jeunes intellectuels philippins épris de liberté, ont trouvé en France les sources de leur inspiration philosophique, artistique, ou scientifique. C’est dans le Paris de la culture, phare de la démocratie, que le premier de ces « Illustrados » José Rizal, héros national, a écrit certaines des pages les plus mémorables de son œuvre littéraire, a entrepris la traduction en tagalog de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, et a forgé au contact des idéaux hérités du siècle des Lumières et de la révolution française, les fondements de la démocratie philippine, qui puise ses racines dans un socle de valeurs communes unissant à jamais nos deux peuples, au-delà des péripéties de l’histoire et des circonstances politiques. Clin d’œil de l’histoire, c’est à Paris que fut signé en 1898 le traité mettant fin à la guerre hispano-américaine et à la première phase du passé colonial des Philippines. Symbole contemporain de cette « parenté », la visite d’Etat en France en 1989 de la présidente Corazon C. Aquino, invitée d’honneur du président François Mitterrand lors de la célébration sur les Champs-Elysées du Bicentenaire de la Révolution française, a été l’occasion de rappeler l’importance de l’héritage humaniste et démocratique que la France est fière de partager avec le peuple philippin et qu’elle entend continuer à promouvoir à ses côtés.

Forts de cette affinité, nos deux pays, bien que n’ayant pas une langue en partage - même si la promotion de la francophonie est ici aussi une de nos priorités- ont développé un patrimoine culturel commun qui a permis de jeter de nombreux ponts entre les deux peuples. Le plus ancien renvoie à l’influence d’institutions créées par de grandes figures du catholicisme français comme Saint Jean Baptiste de la Salle, Saint Paul de Chartres ou Sainte Marie Eugénie, fondatrice du collège de l’Assomption, dans le développement du système éducatif des Philippines, dont la majorité de la population considère les pèlerinages à Lourdes et à Lisieux comme le passage incontournable d’un parcours spirituel abouti. De Juan Luna à Juvenal Sanso nombre d’artistes résidant aux Philippines ont été inspirés par la France et continuent à y trouver des raisons de créer. Nos deux peuples partagent de nombreuses affinités culturelles : la passion du cinéma, de la musique, et de la danse, mais aussi de la cuisine, autant de domaines qui nourrissent aujourd’hui une coopération diversifiée qui a vocation à s’élargir aux nouveaux horizons ouverts par l’ère des technologies de l’information et de la communication comme l’image numérique. Les Alliances françaises de Manille et de Cebu, fondées respectivement en 1920 et 2012, le Lycée Français de Manille, créé en 1973, et les nombreuses institutions culturelles philippines avec lesquelles nous coopérons, au premier rang desquelles la Commission Nationale de la Culture et des Arts, nourrissent un foisonnement de projets. A l’inverse les Philippines, très tôt associées dans l’inconscient collectif des Européens, aux voyages d’exploration dans le Pacifique et aux passions des sociétés de géographie, ont durablement suscité l’intérêt des Français, depuis les aventuriers au long cours du 19ème siècle comme Paul Proust de la Gironière, jusqu’aux nombreux visiteurs de la grande exposition consacrée en 2013 à Paris par le musée du Quai Branly à « l’Archipel des échanges », sans oublier les chercheurs français -anthropologues, archéologues, sociologues, linguistes, océanographes, biologistes ou vulcanologues- qui consacrent leurs travaux aux Philippines. Dans ce contexte les échanges entre sociétés civiles n’ont jamais été aussi denses, grâce au dynamisme des communautés d’expatriés qu’il s’agisse des Philippins de France ou des Français des Philippines, population dont le rajeunissement et la diversification en cours vont de pair avec un enracinement qui traduit le profond attachement de nos compatriotes à leur pays d’adoption.

Plus récent mais tout aussi porteur, le troisième vecteur de la dynamique franco-philippine a été suscité par la prise de conscience commune de l’enjeu global que constituent les effets négatifs des dérèglements climatiques. Symbolisé par « l’appel de Manille à l’action pour le climat » lancé le 25 février 2015 par le Président François Hollande et le Président Begnino Aquino III, en amont de la COP21, appel qui a justifié la première visite aux Philippines d’un chef de l’Etat français, ce rapprochement a conduit notamment à la création de France-Philippines United Action, la première fondation au monde portée par une Chambre de Commerce et d’Industrie française, symbole de la solidarité de la France avec les Philippines, une solidarité qui se traduit également par la mobilisation des O.N.G. et des volontaires français, dont le nombre aux Philippines est le plus important en Asie où ils œuvrent auprès des populations les plus défavorisées.

Enfin, bien qu’elles disposent encore de marges de progression significatives, les relations économiques et commerciales entre nos deux pays ont connu au cours des dernières années une progression spectaculaire à l’aune de la croissance philippine, une des plus élevées en Asie. Qu’il s’agisse du secteur des transports, notamment de l’aéronautique, des infrastructures en général, du secteur de l’énergie, en particulier des énergies renouvelables, de la santé, de l’agroalimentaire, et des produits de consommation, notamment dans le secteur du luxe, la tendance est à la diversification de nos échanges comme l’illustrent le nombre croissant d’entreprises françaises, y compris des P.M.E., installées aux Philippines et la dynamique qu’y entretiennent les réseaux français, à l’instar de la French Tech, le plus récent d’entre eux.

Au-delà du bilan de nos relations, marquées depuis 2012 par un échange de visites politiques croisées à haut niveau sans précédent –Premier Ministre et Président de la République pour la France, Président et vice-Président de la République pour les Philippines-, le 70ème anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays offre l’occasion de regarder vers l’avenir. C’est l’ambition de la campagne « Phil France : Feel French ! » que nous lançons cette année avec l’intention de l’inscrire durablement dans les esprits et avec l’objectif de donner au plus grand nombre de Philippins la possibilité de mesurer la volonté de la France de continuer à s’engager aux Philippines dans les domaines des arts et de la culture, de l’art de vivre, de la jeunesse et des savoirs, de l’innovation et de l’entreprenariat, mais aussi des valeurs, de la solidarité et du partage.

Dans ce cadre je formule le vœu que nos deux pays, héritiers d’une vision commune et forts d’une relation désormais diversifiée, continuent à explorer de nouvelles voies pour relever côté-à-côte les nouveaux défis de la mondialisation nés des enjeux de la sécurité, de l’environnement, et du développement.

Bonne année à tous !

Thierry MATHOU
Ambassadeur de France aux Philippines

Dernière modification : 03/01/2017

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