EDITORIAL

Mettant fin à plusieurs mois d’incertitude, la signature le 28 février dernier par le Président philippin de l’instrument d’accession à l’Accord de Paris sur le changement climatique a permis aux Philippines d’engager rapidement la dernière phase interne -adoption par le sénat- du processus de ratification les conduisant à rejoindre les 133 autres Etats -sur 175 signataires- qui sont d’ores et déjà parties à cet accord historique entré en vigueur le 4 novembre 2016. Le changement d’Administration qui a nécessité de la part de l’exécutif philippin une réappropriation des enjeux climatiques, à l’origine d’un certain nombre de malentendus, et la complexité de la procédure administrative qui impliquait la validation de l’Accord par 33 agences gouvernementales expliquent le retard avec lequel les Philippines, qui ont pourtant joué un rôle important dans sa genèse, sont en mesure de mettre en œuvre la Convention signée à New York le 22 avril 2016.

La France a plusieurs raisons de saluer cette étape significative. C’est à l’initiative du Président Hollande, que la voix des Philippines, un des pays les plus sensibles aux changements climatiques, au point de présider jusqu’à récemment (janvier 2015-juillet 2016) le « Forum de la Vulnérabilité Climatique », une enceinte réunissant les 47 nations les plus exposées, a bénéficié d’une large audience internationale. Lancé le 26 février 2015 par les chefs d’Etat français et philippin, « l’Appel de Manille à l’action pour le climat » a été une étape importante dans la mobilisation internationale orchestrée par la France en amont de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) dont les Philippines ont été un acteur particulièrement actif.

Depuis la visite historique que le Président de la République a effectuée à Manille et Guiuan, la France n’a cessé de se mobiliser pour aider les Philippines à faire face aux défis climatiques tant sur le plan bilatéral que dans le cadre multilatéral. L’Ambassade de France a fait du changement climatique un des fils rouges de notre coopération avec les Philippines qu’il s’agisse de l’amont (adaptation aux changements climatiques) ou de l’aval (solidarité avec les populations affectées par les typhons). L’Agence Française de Développement a résolument inscrit sa démarche aux Philippines dans le cadre d’un mandat qui fait la part belle à une croissance verte et solidaire. Nombre d’O.N.G. françaises œuvrant dans ces domaines reçoivent un soutien de l’Etat français à l’instar d’ACTED récent bénéficiaire d’une aide très significative octroyée par le Ministère des Affaires étrangères et du développement international. Le paysage de la solidarité française ne serait pas complet si on ne mentionnait pas « France-Philippines United Action » (F.P.U.A.) seule fondation au monde créée par une chambre de commerce et d’industrie française qui a récemment bénéficié d’une aide émanant du sénat de la République française et au bénéfice de laquelle sera organisé à Manille, le 22 juin prochain, un grand concert dans le cadre du 70ème anniversaire des relations entre la France et les Philippines auquel tous ceux qui souhaitent manifester leur solidarité avec le peuple philippin sont invités à assister en achetant des tickets.

Au-delà de l’élan de solidarité qu’elles ont su fédérer dans le cadre de F.P.U.A., les entreprises françaises sont également mobilisées pour accompagner les Philippines dans la mise en œuvre de « l’agenda des solutions », catalogue des techniques et bonnes pratiques permettant à tous les acteurs du changement climatique de réduire leur empreinte carbone. Dans ce cadre, nos entreprises bénéficient d’ores et déjà de références particulièrement éloquentes aux Philippines dans le secteur de l’énergie, qu’il s’agisse de la réalisation de la plus grande ferme solaire d’Asie (hors Chine) construite à Cadiz (Negros occidental), du développement d’un projet visant à installer des hydroliennes dans le détroit de San Bernardino pour alimenter en électricité l’ile de Capul (Nord Samar), ou de l’expertise déployée en matière d’économie d’énergie dans plusieurs grands bâtiments collectifs, notamment à Manille.

Bien que les Philippines n’émettent que 0,31% des gaz à effet de serre diffusés à l’échelle mondiale - volume que le pays s’est toutefois engagé à réduire de 70% d’ici 2030 dans le cadre de l’aide qu’il sera amené à recevoir au titre du « Fonds Vert pour le Climat » , la ratification de l’Accord de Paris est une étape très significative tant pour les Philippines elles-mêmes que pour la relation entre nos deux pays.

Thierry MATHOU
Ambassadeur de France aux Philippines

Dernière modification : 09/03/2017

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