EDITORIAL

La visite officielle qui vient de s’achever à Paris fera date dans l’histoire des relations interparlementaires franco-philippines. Ce ne sont en effet pas moins de huit sénateurs, soit le tiers de l’institution la plus puissante des Philippines avec la présidence de la République - le Sénat compte 24 membres, dont seulement 22 exercent actuellement effectivement leur mandat- qui se sont rendus en France du 26 juin au 1er juillet à l’invitation du Sénat français.

Conduite par le président du Sénat en personne Aquilino « Koko » Pimentel III, cette délégation réunissait les sénateurs Loren B. Legarda, présidente du groupe d’amitié « France-Philippines » du Sénat, réactivé en janvier dernier, Joseph Victor G. Ejercito, Sherwin Gatchalian, Panfilo M. Lacson, Joël Villanueva, Cynthia A. Villar, et Juan Miguel F. Zubiri.

Faisant suite à la visite de la délégation du groupe d’amitié « France-Asie du Sud-est » du Sénat français qui s’était rendue à Manille en janvier dernier en ouverture de l’année de célébration du 70ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatique entre la France et les Philippines, cette visite avait deux objectifs.

Elle visait en premier lieu à permettre aux sénateurs de comprendre le fonctionnement des institutions françaises dont certains éléments sont susceptibles d’inspirer les législateurs philippins dans le cadre du projet de réforme constitutionnelle préconisé par le président Rodrigo R. Duterte. Lors de son premier discours sur l’état de la nation prononcé le 25 juillet 2016 devant les assemblées réunies en Congrès, celui-ci avait illustré son propos en évoquant le « modèle français », en référence à la structure et à l’organisation de l’exécutif de la cinquième République qui avaient retenu son attention. Alors que la réforme constitutionnelle, présentée comme une des priorités du chef de l’Etat, a de toute évidence pris du retard, tant l’objectif poursuivi –la transformation des Philippines en état fédéral- apparait complexe- le Sénat, amené à jouer un rôle clé dans le processus, s’est donné le temps de la réflexion et de l’analyse comparative en sollicitant l’expérience française.

La délégation avait également exprimé le désir d’approfondir le dialogue franco-philippin dans le domaine de la lutte contre les dérèglements climatiques. La mise en œuvre effective de l’Accord de Paris, ratifié à l’unanimité par le Sénat philippin en mars dernier, suppose en effet l’adaptation du cadre législatif et réglementaire dans des secteurs aussi variés que l’agriculture, la santé, la gestion de l’eau et des ressources maritimes, les transports, l’énergie, les procédés industriels, l’exploitation forestière et la gestion des déchets, autant de domaines particulièrement porteurs pour la coopération franco-philippine. C’est dans ce contexte et alors que la France s’apprête à lancer de nouveaux chantiers ambitieux dans le domaine du développement durable que la délégation a été reçue par le ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot qui connait bien les Philippines pour s’y être rendu à plusieurs reprises, notamment lorsqu’il participait à la préparation de la COP21.

Cette visite était également le résultat de la relation suivie que l’ambassade de France entretient avec les sénateurs philippins, comme l’a encore illustré récemment, le 22 juin dernier, la présence à nos côtés de Franklin Drilon, président pro tempore du Sénat et de sa collègue Riva Hontiveros qui représentaient leur institution au concert symphonique organisé pour célébrer le 70ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatique entre nos deux pays. Acteurs clés du jeu politique philippin, jouant à titre individuel et collectif un rôle éminent dans l’orientation des grands dossiers nationaux, les sénateurs sont à la fois des relais d’opinion et des décideurs de premier plan, avec lesquels la France a à cœur d’entretenir un dialogue nourri pour faire progresser la relation bilatérale et échanger sur l’ensemble des sujets y compris s’agissant des principes démocratiques et des valeurs des droits de l’homme dont le Sénat est un des garants.

Thierry MATHOU
21ème Ambassadeur de France aux Philippines

Dernière modification : 30/06/2017

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