Le Sabong, une passion philippine

Alors qu’en ce début de mois de juillet, l’actualité du Championnat d’Europe de football nous rappelle que le coq est l’emblème de la sélection française, nous oublions bien souvent que les Philippins vouent aussi une ferveur toute particulière à cet animal. Ici, le sabong – comprendre le combat de coqs – est un des passe-temps les plus appréciés : 7 à 13 millions de combats rassemblent chaque année un public quasi exclusivement masculin. Une chaîne de télévision, Sabong TV, leur est même dédiée, preuve s’il en est de l’engouement qu’ils suscitent !

JPEG

Si l’origine historique des sabong est encore discutée, il ne fait toutefois aucun doute que des combats de coqs sont organisés aux Philippines depuis des siècles, ce n’a pas manqué de remarquer l’expédition portugaise de Magellan lors de son escale sur l’île de Palawan en 1521. Légalisée par le président Marcos en 1974, cette pratique, considérée comme partie intégrante des traditions culturelles de l’archipel, a survécu à l’heure où de nombreux pays l’ont progressivement interdite.

Les nouveaux arrivants ne manquent pas de remarquer lors de leur passage dans les villages philippins la curieuse différence de traitement entre poules et coqs : les poules vaquent à leurs occupations en toute liberté tandis que les coqs sont enfermés dans des cages ou attachés par la patte à quelque poteau. Ne nous y trompons pas : ce sont bien les coqs qui font l’objet d’une attention constante. Dès leur plus jeune âge, ils sont nourris avec très grand soin, et des vitamines leur sont même données pour renforcer leur résistance.

Des sabong sont organisés tous les jours dans les plus grandes villes philippines ; ce n’est toutefois bien souvent qu’après la messe dominicale que des nuées de motos se regroupent peu à peu autour des sabungan – gallodromes – des villages provinciaux. Bientôt, plusieurs dizaines voire plusieurs centaines d’hommes s’installent autour de l’arène, ronde ou carrée, délimitée par des barreaux de bois. Certains sont venus pour parier ; d’autres portent avec fierté leur coq au creux du bras et souhaitent le faire combattre.

Chaque combat voit s’affronter deux coqs faisant l’objet de paris endiablés, un favori – le llamado – et son adversaire – le dejado. C’est alors qu’un personnage-clé intervient, le kristo ou preneur de paris. Incapables de se faire entendre dans la rumeur impatiente de la foule, les parieurs communiquent avec le kristo par des signes codifiés de la main permettant de lui faire comprendre quelle somme d’argent ils souhaitent parier. Selon que son doigt est pointé vers le bas ou vers le haut, le parieur misera 10 ou 1000 pesos. Les kristos se doivent d’être rapides pour mémoriser les paris qui leur sont communiqués ; le ballet de leurs bras tendus vers le public donne de loin l’impression d’observer des…christs en croix, ce qui leur a valu leur nom !

Une fois les paris équilibrés, le casador – meneur de jeu – met fin au vacarme en annonçant le début du combat. Pendant que chacun des coqs est équipé d’une longue lame recourbée et tranchante fixée à sa patte gauche, l’attention du public se porte vers le centre de l’arène. Tenus à bout de bras par leurs propriétaires, les deux coqs sont mis en présence bec contre bec.

Le combat est bref : l’un des coqs a rapidement le dessus à la plus grande joie de son propriétaire et des joueurs ayant parié sur lui. Des liasses de billets passent alors de mains en mains entre gagnants et perdants. C’est cela aussi le sabong : bien plus qu’un jeu, il constitue une possible source de revenu appréciée des plus modestes qui peuvent parier jusqu’à leurs salaires entiers dans l’espoir de faire fortune.

La tradition veut que le coq vaincu soit mangé après le combat. Moins tendre mais plus savoureuse que celle du poulet, sa chair est l’ingrédient principal du talunang manok – littéralement le poulet perdant.

Ce repas est alors, pour ses protagonistes, un moment d’apaisement et de convivialité bienvenus après les tensions et les cris du combat mené, et, pour le coq vainqueur, une pause bien méritée avant de retrouver le sable du sabungan.

Dernière modification : 04/07/2016

Haut de page