Le paradoxe de la tortue

Si la Convention de Washington impose la protection de toutes les tortues marines, l’efficacité des programmes de préservation dépend des moyens mis en œuvre et du bon vouloir de chacun des pays dont elles peuplent les côtes.

La France s’emploie à préserver la faune et la flore des fonds marins, au travers notamment du Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) qui favorise la protection de la biodiversité et des écosystèmes terrestres et marins. Aux Philippines, la France participe notamment à la gestion d’aires marines protégées avec l’ONG Ecotone Résilience, à la maitrise des ressources halieutiques et de l’espace maritime philippins en appuyant le projet Philo-CLS.

Cette action contribue ainsi entre autre à la préservation de l’habitat naturel de la tortue marine, et cette aide est certainement bienvenue pour cet animal dont la vie n’est pas de tout repos !

Outre les ennemis naturels auxquels elle doit faire face dès sa venue au monde, sa confrontation avec l’homme n’est pas à son avantage. Sur 1000 œufs qu’une tortue pond dans l’année, seulement 1 petit atteindra l’âge adulte sans encombre.

Si vous avez la chance de la rencontrer lors de vos plongées aux Philippines, profitez de cet instant car ce moment d’éternité vous ouvrira un espace où le silence vous fera oublier le fracas du monde.

La mer étale s’ouvre devant vous c’est l’hiver aux Philippines, les couleurs fortes, le bleu, le vert et le jaune impressionnent : devant vous Balicasag, une toute petite île proche de Bohol. Si vous arrivez le matin, peu de nageurs et de plongeurs. En dessous, les fonds marins. Coraux, sable blanc, coquillages et surtout les tortues de mer.

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Si vous tentez de les suivre puis de les voir s’enfoncer à l’endroit où la mer devient profonde et bleu nuit, vous aurez l’un des plus beaux souvenirs des philippines, à condition d’aimer la lenteur et la contemplation.

Cette zone protégée afin de préserver ce patrimoine marin, au centre des Philippines, constitue un des sites de randonnées subaquatiques parmi les plus remarquables au monde. Arrivant aux abords de cette « Pointe aux Tortues », où se situe le Mur Cathédrale, abysse impressionnant avec sa Forêt de Corail noir et quelques Cavernes, vous pénétrez dans un monde du silence où le temps semble s’être arrêté.

Le temps, notion étirable, pour ces tortues parfois centenaires, voire plus ! Jonathan, par exemple, la tortue géante des Seychelles âgée de 182 ans, résidant sur l’île de Sainte-Hélène et qui serait l’animal terrestre vivant le plus âgé, elle habiterait là depuis les années 1880.

Au-delà du paradoxe d’Achille et de la tortue, qui fait que malgré sa rapidité, le héros grec ne parviendra jamais à rattraper l’animal, on se souvient que la tortue, animal existant depuis plus de 250 millions d’années, est omniprésent dans la mémoire des hommes et des civilisations, la tortue est avant tout le support du monde. Dans la quasi-totalité des civilisations anciennes du monde entier, la tortue a toujours été essentiellement un symbole de longévité et de sagesse. Sa très longue durée de vie y est pour beaucoup, mais sa nonchalance, et dans le cas des tortues marines, sa capacité à littéralement voler dans l’eau en fait un être à part. Sa dossière voûtée et qui plus est circulaire, parsemée de motifs, semble être une représentation en miniature de la voûte céleste.

Mais ce qui est sans doute le plus remarquable quand vous vous trouvez là avec elle, très proche à fleur d’eau ou dans les profondeurs, c’est aussi à sa discrétion face aux événements qui rythment le monde qui semble vous dire qu’elle a toute l’éternité devant soi.

Les quatre « ailettes » de la tortue marine, avec leur couleur et leur texture si particulières, sont les quatre piliers souples et paradoxaux qui lui permettent de se comporter comme un oiseau dans l’eau et comme dit la chanson : « Et l’on voudrait bien changer Ses ailes en nageoires, Les arbres en plongeoir, Le ciel en baignoire ».

Mais cette tortue ignore sans doute que dans le cadre plus large de la préservation des océans, en 2017, la goélette française TARA rendra visite aux Philippes et à tous les pays du Pacifique pour étudier l’impact du changement climatique sur les récifs coralliens, et organisera des évènements tout au long de son voyage pour sensibiliser les populations à la préservation des océans.

Dernière modification : 03/01/2017

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