Le volcan Taal : comprendre pour prévoir

Par Jacques Zlotnicki, Directeur de Recherches au CNRS
Président de l’inter-association internationale EMSEV

PNGLe volcan Taal est une île volcanique située à une soixantaine de kilomètres au sud de Manille. L’édifice émerge à 311 m d’altitude au-dessus du lac Taal, lui-même bordé par un vaste cratère préhistorique (caldeira). La région représente un atout économique important pour les Philippines. Agriculture, aquaculture, tourisme, villégiatures et commerces permettent à près d’un million d’habitants de vivre dans un rayon de 25 kilomètres autour du volcan Taal.

Cependant, avec 33 éruptions depuis 1572, le Taal est un volcan dangereux et les éruptions y sont fréquentes. Lors d’une éruption, des panaches de cendres et de blocks de roche dévalent et dévastent les flancs externes ainsi qu’une partie du lac Taal, pour s’arrêter aux confins de la caldeira préhistorique. A ces phénomènes s’ajoute l’émission de panaches de cendres dans l’atmosphère jusqu’à des altitudes de 15 kilomètres. L’éruption de 1911 fit 1500 morts et les panaches de cendre atteignirent Manille. La dernière éruption (1965) se produisit hors du cratère dévastant à nouveau le sud-ouest de l’île. A ce jour, aucune éruption n’a été prévue suffisamment à l’avance pour permettre une prise en compte des risques et la protection des populations.

Après un congrès en 2003 sur les risques volcaniques en Asie organisé par le Philippines Institute of Volcanology and Seismology (PHIVOLCS) [1] et l’inter-association scientifique internationale Electromagnetic Studies of Earthquakes and Volcanoes (EMSEV) [2] il fut décidé de développer une coopération internationale dont les objectifs étaient de comprendre et d’imager la structure volcanique, déchiffrer le dynamisme éruptif à l’origine des éruptions, et soutenir le PHIVOLCS dans la surveillance de l’activité. Dès 2004, une équipe française du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et une équipe japonaise de l’Earthquake Research Institute (Tokyo) [3] prirent la direction des recherches avec l’appui du Département de Volcanologie du PHIVOLCS.

JPEGDepuis, les équipes se réunissent chaque année avec le PHIVOLCS sur le volcan. Au cours des premières années, les équipes effectuèrent des campagnes de sondages électromagnétiques (spécialité d’EMSEV) pour connaitre la structure interne du volcan, les failles qui s’enracinent dans l’édifice, et le système hydrothermal (région de rencontre entre les eaux d’infiltration descendantes et les fluides et gaz chauds ascendants venant du système magmatique). Il a été ainsi identifié un important système hydrothermal situé sous le cratère à environ deux kilomètres de profondeur. Cette rencontre entre les fluides fragilise les roches à la surface en les minéralisant progressivement, ce qui peut donner lieu, une fois la pression trop forte, à des explosions phréatiques violentes et rapides.

Le CNRS avec leurs collègues japonais ont par ailleurs mis en place des stations à enregistrement continu permettant la mesure de plusieurs données : champs électrique et magnétique, température et inclinaison du sol, changements de la résistivité électrique ("résistance") du sous-sol, des fluides qui le parcourt etc. Ces stations entretenues par le PHIVOLCS, aident grandement ce dernier à surveiller l’activité du volcan. Depuis, les équipes ont identifié une extension de l’activité géothermale de surface le long de fissures anciennes situées sur le flanc nord et pourtant éloignées de près de 2 km du centre du cratère. Enfin, les études les plus récentes tendent à montrer que plus la période entre deux éruptions est longue, plus le risque d’observer une éruption de grande envergure hors du cratère devient importante, à l’instar de l’éruption de 1965, 54 ans après celle de 1911. La période actuelle est la troisième période la plus longue sans éruption.

Ces travaux devraient être présentés lors du congrès international de l’Asia Oceania Geosciences Society (AOGS) qui se tiendra à Tagaytay du 4 au 8 février 2018 : http://nathazards.org/public.asp?page=home.htm. Vous pouvez d’ores et déjà consulter l’article paru en avril 2017 dans le Journal of Volcanology and Geothermal Research, disponible ici : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0377027317300197

Au cours des années, l’équipe internationale s’est renforcée d’une équipe américaine spécialisée en déformation du sol (US Geological Survey), d’une équipe Belge aguerrie en géochimie des fluides et des gaz (Université Libre de Bruxelles), d’une équipe Grecque experte en sondages électriques (Université de Théssalonique). L’équipe japonaise mobilise maintenant plusieurs universités. Dans ces travaux scientifiques qui ont une forte implication sur les risques, l’équipe française tient à souligner qu’elle a trouvé dans l’Ambassade de France à Manille une écoute attentive et un support tout au long des ces années. Celle-ci a accompagné régulièrement les chercheurs sur le volcan pour suivre les travaux effectués et mieux appréhender l’activité du volcan Taal.

[1Philippines Institute of Volcanology and Seismology (PHIVOLCS) : http://www.phivolcs.dost.gov.ph

[2L’inter-association scientifique internationale Electromagnetic Studies of Earthquakes and Volcanoes (EMSEV) http://www.emsev-iugg.org/emsev/

[3L’Earthquake Research Institute (Tokyo) associé au Instute of Oceanic Research and Development (Tokai) : http://www.emsev-iugg.org/emsev/profile.html

Dernière modification : 04/10/2017

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