Les ONG françaises sur le front de l’employabilité au cœur des bidonvilles

Manille est une mégalopole dynamique dans un pays au développement centré sur la croissance économique. La classe moyenne qui constitue la clientèle privilégiée des Malls, traduction consumériste de cette croissance, y progresse rapidement. Pourtant, tandis que le pays enregistre la dynamique la plus soutenue des pays à revenu intermédiaire au sein de l’ASEAN et attire de plus en plus d’investisseurs, les inégalités socio-économiques perdurent. Les bidonvilles en constituent l’illustration la plus visible. Vivant dans des lieux marginalisés socialement et économiquement, les jeunes notamment sont exposés à toutes sortes d’exploitations à l’intérieur d’espaces où l’état de droit pénètre difficilement.

Ils ne sont visibles que des O.N.G. qui y conduisent un travail en tout point remarquable et y poursuivent des objectifs dépassant désormais le domaine de la simple charité. L’enjeu est à la fois simple et considérable : resocialiser une jeunesse marginalisée.

C’est autour de cette ambition que plusieurs O.N.G., en grande partie françaises, concentrent leur action. Créer les conditions permettant de rendre à ces jeunes une employabilité perdue constitue une des tâches quotidienne, passionnante, souvent déroutante, mais couronnée de plus en plus de succès auquel se livrent de nombreuses associations animées en grande partie par des jeunes, venus de France pour beaucoup, avec lesquels l’Ambassade entretient un dialogue permanent et qu’elle soutient avec détermination.

La tâche est immense : plus de deux millions de personnes vivent dans ces bidonvilles à Manille, soit un cinquième de la population. Venant de la campagne ou de villes moyennes, à la recherche d’un travail, cette population s’installe sur des terrains au statut indéterminé et construit tant bien que mal ses cabanons, qui ajoutent à leur précarité. Tous les lieux servent de réceptacle de misère où une société parallèle se construit, souvent dans des zones inondables voire des cimetières. Les autorités ont mis en place des programmes pour inciter les habitants des bidonvilles à déménager dans des logements décents. Mais ces logements restent largement inabordables. Et ils sont souvent construits en périphérie, loin des lieux de travail des habitants. Et très vite c’est le retour dans les bidonvilles.
En fournissant aux jeunes un cadre professionnel pour les aider à se réinsérer socialement et économiquement, les O.N.G., trop nombreuses pour les citer ici, transforment petit à petit la vie de ces jeunes qui se construisent au contact d’une autre réalité en se projetant dans le futur.

Lors d’une visite de travail dans la région centrale des Visayas, où les fréquentes catastrophes naturelles (tremblements de terre, typhons) contribuent aussi à maintenir les plus pauvres dans des situations dramatiquement précaires, le service de coopération de l’Ambassade a pu constaté le travail effectué par ces O.N.G. qui constituent pour les jeunes (40% des Philippins ont moins de 18 ans) un réel espoir. L’appétit pour suivre des études est très fort et confère enthousiasme et joie de vivre aux plus démunis.

Tous ces enfants dont les familles vivent dans un grand dénuement, ont besoin d’aide pour accéder à une formation professionnelle ou supérieure qui leur offrira un emploi pour sortir durablement de la pauvreté. C’est le pari réussi de ces O.N.G.

La qualité de l’employabilité de ces jeunes est telle que deux mois après la remise de leur diplôme, ils trouvent souvent un emploi qualifié. Ils gagnent de deux à cinq fois le revenu moyen local. Ils reversent d’ailleurs une partie de leur salaire à leur famille, permettant ainsi à leurs petits frères et sœurs d’aller à l’école.

Dans un pays où le système scolaire est parmi le plus court du monde (le lycée se termine encore au niveau « seconde ») et l’éducation supérieure reste chère, cela se révèle d’une importance capitale. 35% de la population a moins de 14 ans et seulement 30% d’entre eux arrivent à suivre des études à l’université leur permettant d’accéder à un emploi qualifié.

Devenir autonome, savoir prendre des responsabilités pour à terme devenir un manager et un entrepreneur, c’est le défi dans lequel ces jeunes et ces O.N.G. se lancent, avec le concours actif de l’Ambassade afin de retrouver cette utilité sociale, très loin de la simple assistance.

Dernière modification : 08/04/2016

Haut de page